Maine Libre > Edition : Sarthe Loir > Mardi 6 Novembre 2012

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Joseph Gaudin, éleveur de chèvres : « Aprochim devra m’indemniser ce que j’ai perdu ». La pollution aux PCB par Aprochim, usine de décontamination de déchets industriels, à Grez-en-Bouère, l'oblige à arrêter son activité.  Florence LOYEZ agence.sable@maine-libre.com

Comme plusieurs agriculteurs du secteur de Grez-en-Bouère, à quelques kilomètres de Sablé en direction de Château-Gontier, Joseph Gaudin a été frappé de plein fouet par la pollution aux PCB. Une pollution qui a défrayé la chronique fin 2011. Aujourd'hui, Joseph et Simone sont devant un mur. « C'est pas joyeux ! Aprochim va nous obliger à arrêter notre activité. » Autant dire que si Joseph et Simone se décident vraiment à arrêter l'élevage de chèvres et la fabrication de fromages (fromages bio qui étaient vendus sur les marchés de la région dont celui du vendredi à Sablé), ils le font la mort dans l'âme. Cet élevage, c'est leur passion.

« Des conséquences désastreuses »

Depuis début 2011, des analyses sont effectuées chaque mois sur l'exploitation de Joseph et Simone Gaudin. « On est les seuls à subir des analyses tous les mois, parce que la chèvre se contamine deux fois plus que la vache car elle mange 5% de son poids vif en matière sèche chaque jour, alors que la vache n'en mange que 3% », explique Joseph Gaudin. Pour lui, les difficultés ont vraiment commencé avec la mise sous séquestre de son cheptel, il y a un an. « Tant qu'on n'était pas sous séquestre, ça allait encore, mais quand on a été interdit de vente, on a plongé», confie Joseph Gaudin. C'était en novembre et décembre 2011. Le séquestre levé, la production a pu repartir.« Mais certains de nos clients avaient déserté », regrette Joseph qui renchérit : « cette pollution a eu des conséquences désastreuses pour l'image de la Mayenne et pour ses produits du terroir. Par exemple, sur les marchés jusqu'au Mans ou à Angers, les clients s'inquiétaient dès que les produits venaient de la Mayenne...»

« A Aprochim de payer la casse »

Joseph Gaudin qui est aussi apiculteur (il vend également des produits du rucher) n'a pas les deux pieds dans le même sabot : « Je vais rebondir, Aprochim m'oblige à prendre un autre virage professionnel », lance l'éleveur, remonté.« Je vais me lancer dans la vente d'essaims, il y a une forte demande. Mais ça ne se met pas en place du jour au lendemain. Aprochim devra m'indemniser pour le manque à gagner que je vais subir ».

L'élevage de Joseph comptait une quarantaine de chèvres. « Certaines partiront pour le débroussaillage, je n'en garderai que quelques unes», confie l'éleveur. Mais face à un tel « gâchis », Joseph ne se laissera pas faire :«A Aprochim de payer toute la casse! » Pour son exploitation, comme pour les autres :« Car il faut arrêter de dire que les agriculteurs ont été indemnisés. Sur 14 dossiers, il n'y a que quatre protocoles d'indemnisation signés. Ce n'est pas pour rien qu'un médiateur vient d'être nommé par le ministre de l'Agriculture ».