L'usine Aprochim de Grez-en-Bouère, en Mayenne, au coeur d'une affaire de pollution aux PCB (polychlorobiphényles) depuis janvier 2011 et mise en demeure de "respecter les valeurs limites" de ses rejets, a estimé ce lundi 3 décembre  "irréaliste" le délai de huit jours qui lui a été imposé par la préfecture de ce département.

"La mise en demeure sous 8 jours de respecter les valeurs limites est irréaliste car toutes les analyses demandent un délai de réalisation de 5 semaines incompressibles", souligne la société dans un communiqué publié à l'occasion d'une Commission locale d'information et de surveillance (Clis).

Jeudi, pour justifier son injonction, la préfecture avait souligné que "lors d'un contrôle inopiné effectué entre le 15 et le 19 octobre 2012 sur les rejets à la cheminée principale", il avait "été constaté un dépassement de la valeur limite réglementaire fixée pour la concentration en PCB-DL" (PCB-Dioxin-Like).

"La mise en demeure ne pourra être levée qu'à l'issue de 8 mesures successives conformes", avait ajouté la préfecture.

Un arrêté préfectoral datant du 10 octobre avait prescrit des mesures complémentaires de surveillance à Aprochim, après la détection en juillet d'"un dépassement significatif des valeurs limites de rejet en PCB-DL" en sortie de cheminée de l'usine. Une augmentation de la présence de ces composés polluants avait été en outre détectée dans l'herbe de neuf parcelles témoins, voisines de l'usine.

Jeudi, la préfecture avait aussi annoncé que les contrôles effectués après la publication de l'arrêté préfectoral avaient montré une augmentation du taux de PCB chez des bovins par rapport au taux relevé au printemps dernier.

Mais pour la société, "les dernières campagnes de prélèvements d'herbes réalisés en octobre et novembre ont montré une amélioration des teneurs en PCB-DL -- tous les résultats sont en-dessous du seuil -- par rapport à la même période en 2011".

Aprochim a aussi précisé que "les parcelles concernées par les bovins présentant une augmentation des taux, sont en novembre en-dessous des seuils d'alerte en PCB-DL. Nous nous interrogeons donc sur le lien de causalité", conclut la société.

De son côté, l'association Terre et vie d'Anjou, qui participait à la Clis, a réclamé "l'arrêt de la pollution et une cartographie précise" de celle-ci.

"On veut savoir où s'arrête la pollution et qu'on teste de nouveaux troupeaux", a déclaré à l'AFP son président, Jean-Marc Guesdon, selon lequel "les investigations n'ont pas été assez poussées".

"On a besoin que les pouvoirs publics nous disent quel type d'élevage on va pouvoir faire à l'avenir et dans quelles conditions", a-t-il ajouté. 

L'usine a été placée sous surveillance depuis janvier 2011 après la détection de taux anormalement élevés de PCB dans la production de plusieurs fermes voisines (lait, viande et oeufs). Des troupeaux ont notamment été abattus à la suite de cette pollution.

Une information judiciaire a été ouverte fin 2011 à Laval, pour pollution environnementale et mise en danger de la vie d'autrui.

Publié le 3déc. 2012 sur Paris Normandie.fr