TERRE ET VIE D’ANJOU LETTRE OUVERTE

Grez en Bouère, le 10 février 2018


Monsieur le Préfet,


Autant en séance de conseil municipal, au titre de conseiller municipal, qu’en Commission de Suivi du Site pour Aprochim, au titre de président de l’association Terre et Vie d’Anjou, à plusieurs reprises j’ai demandé que la population soit informée sur la conduite à tenir en cas d’accident sur la Zone Industrielle de Grez en Bouère.


Après deux ans d’attente, lors de la Commission de Suivi du Site de Brenntag du 3 mars 2017, il a été précisé qu’une plaquette informative présentant l’entreprise Brenntag, ses risques majeurs et la conduite à tenir par la population serait enfin distribuée, via les mairies, aux personnes concernées par le Plan Particulier d’Intervention, dès que ce dernier serait adopté.
Bien que celui-ci ait été adopté depuis de nombreux mois, la plaquette informative n’a jamais été distribuée. Alors que le PPI en question a été porté à 2 300 mètres. Distance jusqu’à laquelle dans le pire des cas, la société Brenntag peut émettre des rejets toxiques avec effets irréversibles pour la santé humaine.


Le risque zéro n’existant pas, pour la première fois il y a quelques mois, la sirène de Brenntag a été testée sur le site de Grez en Bouère. Le test qui devait être reproduit tous les mois pour vérifier son efficacité en cas de besoin, n’a jamais été reproduit. Alors que celle de Brenntag Saint-Herblain est testée chaque premier mercredi du mois à 12 heures depuis le 6 septembre 2017.


Pas de plaquette informative, pas de certitude que la sirène est en état de marche. Que font donc vos services Monsieur le Préfet ? Alors que, autant avec Aprochim qu’avec Brenntag nous sommes face à des entreprises classées Sévéso 2 seuil haut.
Mais peut-être considérez-vous qu’allumer un cierge tous les mois coûte moins cher, et est plus efficace pour protéger la population grézillonne?
Dans le cadre du PLUI, une enquête publique concernant Brenntag a eu lieu début décembre 2017, en mairie de Grez en Bouère. Alors que le PPI porte sur un rayon de 2 300 mètres, l’interdiction de construire une habitation porte sur un rayon de 75 mètres semble-t- il. Comment vos services ont-ils fait pour laisser passer quelque chose d’aussi grotesque et le laisser soumis à enquête publique.
Mais peut-être bénéficiez-vous d’un prix d’achat à la tonne pour les cierges ?


Plus prompts à défendre leur propre intérêt que celui de la population, aucun des conseillers municipaux de Grez en Bouère comme de Bouère ne s’est encombré à faire le déplacement pour regarder le dossier et y déposer quoi que ce soit.
Idem pour les membres de l’association Entre Taude et Bellebranche plus enclins à protéger leurs biens immobiliers qu’à s’inquiéter des risques encourus par la population locale.


Avec pour unique visite à la mairie celle du président de terre et Vie d’Anjou, lequel a laissé l’unique déposition, Monsieur le Préfet vous ne risquez pas la pression. Alors que de leur côté, les cuves de Brenntag risquent un phénomène de surpression tous les jours.
Mi janvier 2018, un particulier grézillon a reçu le résultat de l’analyse de ses oeufs. Les oeufs en question sont à 5 fois la norme, alors qu’ils ont été pondus à 4 kilomètres du site Aprochim. Les résultats ont été adressés sans le moindre commentaire. Idem pour les oeufs prélevés au même endroit en 2011 et qui étaient à 4 fois la norme. Comment s’en étonner, quand le fonctionnaire de l’Agence Régionale de Santé est venu me dire en 2011, que je pouvais toujours manger mes propres oeufs, alors que, produits à 800 mètres de l’usine, ceux-ci étaient à 8 fois la norme. Protéger Aprochim n’oblige pas à minimiser la situation et à inviter les petits producteurs à s’empoisonner.


En 2011, face aux journalistes de France 3, suite à la révélation de la pollution grézillonne, le préfet mayennais Eric Pilloton avait benoîtement qualifié l’entreprise Aprochim d’utilité publique. Le 8 octobre 2015, par un courrier toujours accessible sur le blog de l’association Terre et Vie d’Anjou, j’ai interpellé les trois ministres concernés par les conséquences de la pollution. A savoir, Madame Ségolène Royal Ministre de l’Environnement, Madame Marisol Touraine Ministre de la Santé et Monsieur Stéphane Le Foll Ministre de l’Agriculture. Courrier pour lequel il n’y a jamais eu la moindre réponse. Du côté judiciaire, en appel à Angers, un juge est allé jusqu’à reporter sa décision à 5 reprises, attendant que la situation évolue pour avoir enfin les moyens de protéger Aprochim.


Avec un tel degré de protection tous azimuts, étatique, politique et même judiciaire à l’occasion, la société Aprochim est clairement à l’abri de toute suspension d’activité autre qu’accidentelle. Demander la fermeture d’Aprochim comme l’a fait l’association Entre Taude et Bellebranche derrière l’explosion accidentelle du 13 octobre 2017 relève de l’écran de fumée format XXL. Pour les mêmes raisons, demander l’arrêt de l’activité de décontamination, comme le fait actuellement la même association relève là encore du voeu pieu.
A ce sujet, bien plus pragmatique, l’association Terre et Vie d’Anjou vous demande simplement Monsieur le Préfet, de récuser les explications des experts Durand et Perrot mandatés par Aprochim pour tenter de comprendre les causes de l’explosion du 13 Octobre 2017. En effet, en 2012, au sujet de la contamination du lait de mes chèvres, les mêmes experts ont abouti à des explications scandaleuses, rapidement démontées. Lesquelles s’expliquent, soit par de la connivence, soit par de l’incompétence, à moins que ce ne soit les deux.


L’association Terre et Vie d’Anjou refuse catégoriquement toute autorisation de redémarrage éventuel sur la base d’un rapport émis par ce type d’individus. Seule l’expertise judiciaire en cours peut et doit justifier le redémarrage ou l’interdiction de redémarrer l’activité de décontamination.
Pour ce qui est du volet santé, le nombre de victimes ayant des problèmes ne cesse de croître. Avec des problèmes rénaux, hépatiques ou pancréatiques entre autres. Aucun rapport avec Aprochim disent les médecins du cru, allant même parfois jusqu’à refuser de prescrire une analyse de sang. Le serment d’Hippocrate a clairement fait place au serment d’Hypocrite. Heureusement, pour aider la population locale à mieux évaluer ce qui se passe, il ya bien plus intègre que ce genre d’individus, là encore. En la personne de Mademoiselle Claire Métayer, présidente de la Fédération Régionale des Associations de Protection de l’Environnement des Pays de Loire, et par ailleurs professeure à la faculté de pharmacie de Nantes. Laquelle en 1988, lors de l’enquête publique pour Aprochim, s’était écriée : ‘’Bonjour les foies et les reins fragiles à Grez en Bouère’’. Preuve qu’en la matière, il y a d’un côté les formateurs, et de l’autre les formés, si ce n’est les formatés. Nous ne sommes plus dans le cadre de la mise en danger d’autrui, mais face à des empoisonnements, que seule la mauvaise foi peut amener à nier.


Dans la mesure où Goethe disait ‘’Parler est un besoin, Ecouter est un art’’, compte tenu des enjeux développés ici, je vous remercie de bien vouloir être à la hauteur nécessaire et vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sincères salutations.


Monsieur Frédéric Veaux Joseph Gaudin
Préfet de la Mayenne Le président
Préfecture de la Mayenne
53000 LAVAL