Mme MOREAU Sophie,                                                                 à Bouère, le 3 octobre 2018

La Pélivière

53290 Bouère                                                                           

                                                                                      à L’Attention du Préfet MR VEAUX,

 

 

 Objet : Victimes d’APROCHIM situation invivable

Copie à : Blog Terre et Vie d’Anjou

 

Bonjour,

 

L’objet de ma lettre peut vous sembler perturbant, mais croyez-moi notre situation est très dure à vivre pour notre famille.

Je vais vous expliquez la situation en quelques mots et je vous serais reconnaissante de lire ma lettre jusqu’au bout. Je ne souhaite pas non plus recevoir une réponse type faite par un secrétaire ou un collaborateur, je n’en ai que trop reçu, je souhaite vraiment être entendue.

Notre famille est victime d’une pollution aux PCB par un industriel, APROCHIM à Grez-en-Bouère, depuis 7 ans ½ nous avons été forcés de nous adapter. Nous demeurant à 500 mètres de cette entreprise.

 

Polychlorobiphényles (PCB)

Les PCB et PCT sont des produits chimiques organiques chlorés utilisés pour leur grande stabilité thermique et leurs caractéristiques électriques. Ils sont notamment employés comme : isolants électriques pour les transformateurs et les condensateurs (pyralène), fluides caloporteurs pour le transfert de calories dans des installations industrielles diverses. Après leur apparition dans les années 50, ces produits se sont avérés rapidement nocifs pour l'environnement et pour l'homme. Produits chimiques toxiques au contact et à l'inhalation.Ils sont insolubles dans l’eau mais solubles dans la plupart des solvants organiques et dans les huiles végétales, stables et pratiquement pas biodégradables (classés dangereux pour l’environnement), cumulables dans la chaîne alimentaire (concentration dans les tissus vivants), dégradables à haute température en conduisant à la formation de furanes et de dioxines (toxiques et cancérogènes).

Plus d’autoconsommation depuis janvier 2011 (jardin, fruits, œufs, volailles « poule, poulet, canard, oie », lapins, cheptel ovin euthanasier le 23 décembre 2011, nous achetons tout dans le commerce depuis 7 ans ½ ce qui a descendu en flèche l’équilibre de notre budget pour notre famille de 5.

Après l’euthanasie de nos animaux nous n’avons pas eu d’autre choix que d’entretenir à la main 1 hectare 200 de terrain ! Impossible ! la nature a repris ses droits, nous avons dû adopter de vieux animaux pour nous aider, mais cela a un coût supplémentaire, il faut en prendre soin (litière, soins vétérinaires, vermifuges, assurance …) et acheter de quoi les nourrir.

Nous avons arrêté l’autoconsommation suite à nos analyses non conformes d’œufs, d’agneaux, d’herbes. À cause de notre autoconsommation « APROCHIM » nous a empoisonné nous et nos enfants, nos analyses de sang sont non conformes. Mes prises de sang de 2012 et 2015 montrent un taux supérieur au seuil d’imprégnation critique, ma fille de 12 ans à l’époque de sa prise de sang en 2015 a le taux d’une femme de 30 ans. Nos deux autres plus jeunes enfants ont donc la même imprégnation aux PCB vu la même alimentation ce que m’a expliqué un médecin du centre anti poison d’Angers.

Notre maison que nous avions mis à l’époque en vente en novembre 2010 a été retirée de la vente par l’agence immobilière suite à la révélation de la pollution aux PCB en janvier 2011. Depuis les agences et notaires ne veulent même pas essayer de vendre notre maison à 500 m de l’entreprise, ils ne se déplacent même plus, nos analyses d’herbes de toute façon sont encore en juillet et août 2018 mauvaises. Nous sommes donc pris en otage de cette maison, prisonniers de cet enfer depuis 7 ans ½. Elle a perdu beaucoup de sa valeur à cause de cette pollution par rapport à l’estimation faite en 2010 et n’est plus vendable, depuis l’achat en octobre 2001 nous avons passé de nombreuses années à investir de l’argent et du temps pour rénover nous même cette maison qui ne vaut plus rien !

 

Mon mari était salarié d’APROCHIM à 500 m de la maison de 2003 à 2015 en tant que chef d’équipe de weekend en 2015, il a déclaré la maladie d’Hodgkin avec traitement par CHIMIOTHERAPHIE et RAYONS pendant 6 mois en 2005 soit 2 ans ½ après son embauche. Je vous laisse imaginez le taux de PCB qu’il a dans le sang du fait qu’il a travaillé au sein de l’entreprise avec en supplément une alimentation chargée en PCB.

 

La double peine ! il a été licencié en juillet 2015 par APROCHIM car nous avons dû faire un choix qui lui a coûté son travail, nous nous sommes constitué partie civile au tribunal de grande instance du pôle santé à Paris contre la société APROCHIM pour mise en danger de la vie d’autrui. C’était prévisible qu’il soit licencié ! Un salarié qui porte plainte contre son employeur et qui pourrait assister à des choses qu’il ne faudrait pas qu’il voie ! Si vous avez des enfants je pense que vous auriez fait le même choix. Vu la lenteur de la justice nous ne sommes pas près d’obtenir une indemnisation pour nos préjudices que nous subissons depuis 2011 et nous ne savons pas si nous tiendrons très longtemps.

 

Du coup, licencié en 2015, le revenu de notre foyer à baissé, mon mari c’est reconverti et a trouvé du travail à 32 km de la maison, ce qu’il faut savoir c’est qu’il a perdu en moyenne 670 € de salaire par mois par rapport à APROCHIM. Cette année mon mari a déclaré 5914 € de frais réels. Ce qui fait au total une perte de 1163 € de revenu par mois en moyenne (5914 € /12 mois = 493 € soit 670 € + 493 € = 1163 €)

 

Cette perte de revenu est de plus en plus difficile à vivre car les 1163 € remboursaient les mensualités de nos prêts qui avait été faits en fonction du salaire de mon mari (958 € de mensualités de prêts par mois).

 

De plus, maintenant aucun prêt ne nous est accordé par les banques pour nous aider à entretenir notre fermette, aujourd’hui on la regarde se détériorer avec des larmes pleins les yeux ! Nous ne sommes pas partis en vacances avec nos enfants depuis 2 années maintenant, mes enfants souffrent énormément de cette situation.

Tout ça pour vous faire voir la situation, les banques ne nous accordent plus de prêts ce que je conçois tout à fait avec la perte de revenu, mais dans l’histoire c’est encore mes enfants qui vont subir ! Ma fille ainée qui ait actuellement en 3 ème souhaite faire des études pour devenir architecte d’intérieur designer, voir architecte car elle a un gros potentiel, très très bonne élève malgré notre situation. Elle veut faire un BAC STD2A au lycée d’avesnières de LAVAL, après peu importe le lycée où elle sera prise, privé ou public, avec notre situation géographique elle devra aller à l’internat ce qui n’est pas envisageable vu notre situation financière. Coût estimé pour Avesnières internat et scolarité compris « 3950 euros par an ». Impossible !!! quand je vois sa tristesse dans son regard de devoir faire un bac général parce que je ne peux pas lui financer ses études alors qu’elle sait le métier qu’elle veut faire je suis effondrée, tout ça à cause d’APROCHIM !

Nous travaillons pourtant tous les 2 mais avec cette catastrophe qui nous est arrivée nous n’arrivons pas à faire face pour les études de notre fille. Avec 2 salaires les aides ne nous sont pas attribuées, la perte de salaire de mon mari qui remboursait les prêts nous ruine petit à petit.

Nous subissons des préjudices depuis 7 ans ½ sans être pris en considération, nous sommes de simples dommages collatéraux, peut être que la société est d’utilité publique mais vous n’avez pas le droit de nous prendre en otage.

 

-Préjudices Physiques et de santé nous avons qu’une santé mais ça Aprochim semble l’oublier, on m’a retiré la thyroïde en janvier 2014, notre sang est empoisonné, nos enfants en bas âge ont été contaminés pendant leur développement.

 

-Préjudice Psychologique et moral nous avons appris la pollution par un voisin en janvier 2011 et non par l’employeur APROCHIM de mon mari, cet employeur qui savait qu’on faisait de l’autoconsommation, que nous avions 3 enfants en bas âge (nés en 2004/2006/2009) et qui avait connaissance de la pollution depuis début 2010, nous a laissé nous empoisonner délibérément ! C’est un crime ! Nous sommes passés par des états dépressifs avec traitements anxiolytique et anti dépresseur pour faire face à cette situation, nous avons tout perdu et nous ne pouvons pas protéger nos enfants ne pouvant partir de cette maison, nous sommes livrés à nous même, sans aucune considération des services de l’Etat.

 

- Préjudice Financier et économique de par l’arrêt de l’autoconsommation avec les achats dans les commerces, la perte de la valeur de notre maison et le licenciement de mon mari avec sa perte de revenu. 

 

Ma plus grande tristesse c’est que personne ne nous vient en aide, j’ai envoyé de nombreux courrier au gouvernement resté sans actes de leur part, nous sommes victimes et laissés à l’abandon alors qu’APROCHIM est reconnu responsable dans le rapport de l’Ineris service de l’Etat, aujourd’hui ils sont toujours autorisés à avoir une activité qui continue de nous polluer sans être inquiété. Nous sommes censés être protégé par notre préfet mais jusqu’à aujourd’hui plusieurs se sont succédés et ont été mutés quand une possible fermeture administrative d’Aprochim approchait. Je pense que malheureusement ce sera le même cas pour vous et ma lettre sera donc inutile.

 

Deux de nos voisins (un à 500 m et un à 800m) ont eu des légumes plantés par le laboratoire BIOMONITOR dans leurs jardins pour analyser le taux de PCB pour un suivi de plan de surveillance d’APROCHIM, nos voisins nous tiennent au courant de leurs analyses et nous réciproquement nous les tenons au courant des nôtres.

 

Comment se fait-il que APROCHIM et leur laboratoire BIOMONITOR préviennent nos 2 voisins soumis aux analyses qu’il ne faut plus consommer leurs légumes car ils ont du PCB mais qu’à côté de ça on ne prévient aucun autre riverain qui sont leurs voisins ! La population n’est même pas tenue au courant !

 

Encore plus fort !! Comment se fait-il que chez un autre voisin en limite de notre propriété le laboratoire BIOMONITOR prélève des œufs pour analyser le taux de PCB (bien sûr pour le moment il n’a toujours pas de résultats) mais qu’on ne le prévienne pas qu’il ne doit pas faire de jardin vu les résultats des autres voisins ? son jardin est visible de son poulailler donc le laboratoire en a connaissance, on le laisse s’empoisonner c’est effarant !

 

La population est loin de connaitre tout ce qu’il se passe mais elle le sera bientôt, ça n’a que trop duré !

 

Nous avons rencontré le directeur général et le directeur de site qui a notre grand regret ne sont pas humains mais des financiers ! Ils ont refusé nos 2 propositions d’accord d’indemnisation à l’amiable pour pouvoir reprendre une vie normale, la première faite par notre avocate le 20 juillet 2017 et la 2ème faite par nous directement le 1er juin 2018 en baissant énormément le montant de nos préjudices. Ils ne veulent pas entendre parler de préjudices sinon ce serait faire face à leur responsabilité qui est pourtant avérée.

Nous sommes les seuls riverains à 500 m à avoir autant d’analyses non conformes prouvant leur responsabilité pour le procès :

LA SANTE

  • Par les prises de sang sur moi en 2012 et 2015, et ma fille ainée de 12 ans en 2015

 

- L’ENVIRONNEMENT

  • Par les analyses d’herbes : 7 mois conforme sur 76 mois analysés depuis le début des analyses en 2011 ont un taux ne dépassant pas 0.30 pg préconisé par L’ineris pour faire un élevage pour autoconsommation, seulement 7 mois conformes pour 69 non conformes ! C’est désespérant !
    • Juillet et août 2018 étant non conformes « encore » pour respecter le taux de 0.30 pg préconisé par l’ineris toujours pour l’élevage des particuliers pour l’autoconsommation
  • Par les analyses sur nos agneaux non conformes saisis à l’abattoir
  • Par les analyses de nos œufs non conformes

 

Malgré le fait que nous sommes prêts à retirer notre constitution de partie civile si nous trouvons un accord ils refusent quand même nos propositions. Ils nous ont dit qu’on avait qu’à aller au judiciaire que ça allait durer très très longtemps, en résumé ça leur était égal, ils ne sont pas impactés 24h/24 ça ne les dérange pas, bien évidemment !

Aujourd’hui je vous écris pour que vous nous veniez en aide par n’importe quel moyen imaginable, nous avons tout essayé, ils ne nous restent plus que la médiatisation à nouveau mais je ne veux pas en venir là, mais si c’est le seul moyen je n’hésiterai pas ! Je commencerai à prendre contact avec les journalistes qui continuent de nous suivre dans les jours à venir et j’envisage fortement de contacter des chaînes télévisées pour raconter notre calvaire depuis 7 ans ½.  Nos enfants ont assez souffert.

Nous savons que la société peut indemniser leurs victimes, certaine ont été indemnisées comme les agriculteurs, diviser pour mieux régner ! Mais ce ne sont pas les seules victimes, notre santé est en jeu à 500 m de l’usine et notre vie a été détruite, l’autoconsommation n’était peut-être pas notre gagne-pain ou notre travail mais ça comptait énormément dans notre budget, de plus l’autoconsommation était un choix de mode de vie qu’on nous a arraché !!!!! Ils veulent aussi acheter 8 hectares autour de l’entreprise plus de 3 fois le prix de l’hectare de terre agricole, chercher l’erreur !

Notre vie est à l’arrêt, nous ne pouvons plus nous projeter dans l’avenir, faire des projets, vu que nous ne savons pas de quoi sera fait demain ! Financièrement nous vivons au jour le jour et psychologiquement tout peut basculer, nous sommes très fragiles et épuisés par ce combat.

Nous espérons avoir votre soutien pour nous aider à les convaincre de trouver une vraie solution et d’accepter enfin leur responsabilité et d’y faire face comme il se doit ! C’est trop facile de détruire la vie des personnes et de leur tourner le dos, de nous laisser à notre triste sort.

Nous sommes citoyens, nous participons à l’économie de notre pays, mais notre pays nous lâche quand nous avons besoin de lui. Il y a une vraie injustice face à notre détresse, 7 ans ½ qu’Aprochim est soutenu et nous ?

APROCHIM a eu assez de temps pour faire face à cette pollution et pour s’améliorer mais ils sont incapables d’y faire face sans mettre l’environnement et la santé des riverains en dangers. La preuve est qu’en 7 ans ½ c’est toujours la même chose !!!! Il est temps d’arrêter les dégâts.

Par cette lettre, s’il devait nous arriver quoi que ce soit de grave vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas au courant de notre situation, et nous n’hésiterons pas à déposer plainte pour non-assistance à personne en danger en cas de nécessité. Tous les courriers que j’ai envoyés iront dans le dossier au tribunal pour prouver que nous étions livrés à nous même sans aucun soutien de l’Etat.

 

Cordialement, MOREAU Sophie