Aprochim : l’association Terre et Vie d’Anjou fait le point

leglob-journal.fr22 décembre 2018

 

Des nouvelles d’Aprochim vue par l’association Terre et Vie d’Anjou (TVA). Le 7 décembre 2018, Joseph Gaudin réunissait les adhérents de l’association, à la Salle polyvalente de Grez-en-Bouère. Le 18 décembre, il participait à une Commission de suivi du site (CSS) d’Aprochim. Terre et Vie d’Anjou qui « est toujours partie prenante dans trois dossiers environnementaux industriels en Mayenne, ceux d’Aprochim, de Brenntag et de Séché Longuefuye, est membre des commissions de suivi du site d’Aprochim et de Brenntag. » Leglob-journal publie donc le compte-rendu dressé par Joseph Gaudin relatant les informations que l’association a compilées autour de ces entreprises à risques en Mayenne.*

Par Joseph Gaudin


 

D’un point de vue général et selon les informations de la Commission de suivi du site d’Aprochim qui vient juste de se réunir (18 décembre 2018), les résultats ne sont manifestement pas probants.

Ils doivent obliger l’industriel à faire une analyse poussée des causes éventuelles de ces émissions diffuses et persistantes afin d’y remédier.

C’est d’autant plus impératif et urgent. que dans le haut du bourg de Grez-en-Bouère, sur le secteur de la Groussinière, faute d’analyses des végétaux, l’analyse bisannuelle des lichens a montré que contrairement à tous les autres points surveillés, entre 2015 et 2017 leurs taux de PCB Dl [Dioxines l soit Like pour « comme » des dioxines et avec les mêmes conséquences sur l’humain, NLDR] étaient à la hausse. Rien ne saurait donc justifier plus longtemps l’absence d’un point de contrôle de l’herbe dans ce secteur.

La société Chimirec (maison mère d’Aprochim) a signé un compromis de vente avec la société Pigeon pour acheter les huit hectares contigus au prix de deux euros le m². Pour sanctuariser les 500 mètres autour de l’usine et avoir du terrain disponible pour l’après PCB?  Tout est possible.

Lors de l’assemblée générale de l’an dernier, les résultats de l’analyse des lichens [Les prélèvements sur les herbes sont effectués tout les mois, NDLR] n’étaient pas encore connus. Les analyses, effectuées tous les deux ans, l’évolution entre 2015 et 2017 montre pour les Dioxines-Furanes une décroissance moyenne de 20% mais avec deux disparités de taille, une forte baisse de 60% sur le site Aprochim et une augmentation à La Pélivière. [Un hameau de Grez-en-Bouère, NDLR]

Selon les informations de la CSS de décembre 2018, les résultats des analyses de l’eau du puits de La Pélivière sont nettement meilleurs depuis la mise en place d’un lagunage pour traiter les eaux usées de l’entreprise.

 

L’arrêté municipal interdisant l’accès et l’usage de l’eau de la
Pélivière depuis 2016 – © leglob-journal

De la même façon les PCB Dl sont à la baisse avec une décroissance moyenne de 70% mais avec deux extrêmes, le site Aprochim qui a décru de 80% et La Groussinière [Lieux-dit situé dans le haut du bourg, NDLR] qui a augmenté.

Pour le cumul Dioxines-Furanes + PCB Dl, la décroissance moyenne est d’environ 60%. Mais avec cependant le site d’Aprochim et celui de La Pélivière qui sont au dessus du seuil d’intervention de 20ng/kg pour les lichens.

L’évolution va donc clairement dans le bon sens, au niveau général. Mais seulement au niveau général, car l’évolution sous les vents dominants sud-ouest l’été avec la Pélivière et sous le vent d’est l’hiver avec La Groussinière, la situation est loin d’être satisfaisante. La Groussinière démontrant au passage que le haut du bourg de Grez-en-Bouère n’est toujours pas épargné.

Mais tout ceci précédait les travaux d’Aprochim dans le cadre de la lutte contre ses émissions diffuses. Ce sont 750 000 euros qui ont été injectés. Mais malgré ce montant relativement important, les résultats ne sont pas à la hauteur. Pire encore avec deux jauges Owen qui ont résisté au gel, les deux autres étant cassées, le cumul Dioxines-Furanes + PCB Dl est presque celui de 2016 avant les travaux évoqués.

 

Cassée en mars, puis remplacée, la jauge située au nord-est s’est retrouvée à l’analyse de juillet avec un taux supérieur à 2016 et 2017. Seuls les chiffres de 2013 sont au-dessus. Avec des taux particulièrement élevés dans l’herbe que ce soit en juillet, en septembre ou en octobre dans des lieux différents en fonction du vent, la démonstration est faite que les travaux sur le diffus [Moyens techniques permettant de limiter les diffusions dans l’atmosphère, NDLR] n’apportent rien de probant, puisque les taux sont aussi élevés qu’avant les travaux.

Comment s’en étonner puisque les analyses d’ambiance montraient que le point le plus pollué dans les locaux était celui près de l’entrée des camions. Des sas ont bien été mis en place pour accéder dans les différents locaux de production d’Aprochim, mais pas pour le hall 10 où les camions sont désormais déchargés.

Or, ce bâtiment est le seul à ne pas être raccordé à la cheminée, ce qui entraîne plus d’émissions diffuses, et les analyses de sang des chauffeurs montrent clairement le potentiel de pollution des camions. Lesquels doivent rouler impérativement bâchés. Ce sas pour l’entrée des camions, je l’avais réclamé avant le démarrage des travaux sur le diffus. Aujourd’hui il s’impose de lui-même et le hall 10 doit absolument être raccordé à la cheminée. Aprochim doit aller jusqu’au million d’euros de travaux qu’elle avait prévu d’engager.

Si les analyses sont faites par le laboratoire Laberca, situé à Nantes, les prélèvements sont effectués par la société Biomonitor [Société agréée chargée de la surveillance environnemental, prestataire de service situé à Nancy, NDLR]. Le bocal qui contenait l’eau de la mare de Launay Guinard s’est retrouvé cassé dans les locaux de Biomonitor.

Deux jauges cassées par le gel, alors que ce sont celles qui sont sous les vents dominants, un bocal cassé alors qu’il contient l’eau d’une mare qui collecte les eaux superficielles de 67 ha. Souhaitons que la société Biomonitor ait une bonne assurance bris de glace.

Trainer des pieds

Les agneaux élevés en face d’Aprochim ont été analysés. La DDCSPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) traînait des pieds alors que les associations réclamaient un suivi pour ces animaux. Réclamation justifiée puisque l’un des agneaux était non conforme, alors que seuls trois agneaux sur une trentaine ont été analysés.

Joseph Gaudin, le président de Terre et Vie d’Anjou – © leglob-journal

En résumé, la situation s’est donc nettement améliorée au-delà des 500 mètres, mais reste particulièrement préoccupante dans ce périmètre et même un peu au delà puisque contrairement au nuage de Tchernobyl arrêté à la frontière, les PCB n’ont pas droit à la même désinformation.

Pour ce qui de Brenntag, la réunion de la Commission de suivi du site du 23 mars 2018, a clairement démontré que la société fournit les documents au dernier moment et n’hésite pas à donner des informations erronées, à propos du degré de chlore de « l’eau de Javel » stockée. 50° réels au lieu des 30° annoncés et même confirmés à tort par les services préfectoraux.

Le site Séché Longuefuye est toujours un centre de transit, en particulier pour les Réfioms [Résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères, NDLR] venant de l’Isère.

La population grézillonne et bouérillonne serait bien inspirée en venant renforcer l’association Terre et Vie d’Anjou, faute de quoi avec un renouvellement impossible du bureau, la lassitude venant, celle-ci risque de donner des regrets, à ceux qui, trop habitués à compter sur les autres, n’auront plus qu’à compter sur eux-mêmes, si Terre et Vie d’Anjou venait à disparaître.

 

Avis à la population. Avec un site Séché à Longuefuye, qui accueillera obligatoirement le nouveau site d’enfouissement de Séché Environnement, le jour où le site de Changé sera saturé…

Avis à la population. Avec une société Brenntag qui traîne, – il s’agit d’un procédé usuel – à fournir les renseignements nécessaires aux associations empêchant celles-ci d’être pertinentes lors de la Commission de suivi du site.

Brenntag , de plus, ne donne pas nécessairement les bonnes informations, alors que dans le cas extrême d’une forte pollution au chlore (émanation d’un nuage chloré), des poumons veulent être touchés de façon irréversible dans le périmètre des 2 300 mètres.

Avis à la population. Avec une société Aprochim qui n’a toujours pas solutionné ses rejets diffus, et pollue encore sur le haut du bourg de Grez- en-Bouère.

Mais l’avenir immédiat de l’association TVA reste donc toujours le même. Il s’agit de continuer à évaluer l’impact sanitaire humain occulté par l’administration ; veiller à la finalisation des travaux destinés à lutter contre les émissions diffuses ; voir une nette amélioration de la situation afin d’obtenir la levée des séquestres partiels.

Il s’agira aussi de continuer à apporter une aide aux victimes dans le cadre de leur demande d’indemnisation ; de financer les prises de sang des personnes que l’ARS a réussi à écarter du groupe de volontaires alors que celles-ci sont particulièrement concernées ; de participer aux réunions de la commission de suivi du site d’Aprochim et de Brenntag ; de maintenir du dialogue avec l’entreprise Séché pour son site de Longuefuye.